Raku

Le raku est une « technique » issue de la cérémonie du thé et de la philosophie du wabi (simplicité, beauté de l’imperfection, sobriété, dissymétrie) au Japon du 16ème siècle: le premier bol raku modelé à la main, est né d’un potier coréen, Chôjiro, premier de la dynastie Raku, qui produisit des raku noirs ou rouges.

La technique traditionnelle a été revisitée par des céramistes californiens dans les années 50 à 70, séduits par la liberté d’expression et d’improvisation que leur proposait cette méthode. Le raku que nous pratiquons aujourd’hui est certainement très éloigné de ses origines. En raku, les pièces biscuitées et émaillées sont enfournées dans un four à gaz ou à bois. La cuisson est menée à un rythme rapide avec atteinte de la température finale dans un cycle court de 30 à 60 minutes (quoique certaines cuissons peuvent durer plusieurs heures). La maturité de la glaçure est estimée à l’oeil (ou de nos jours à l’aide d’un pyromètre). Lorsque que la cuisson est considérée comme terminée (les glaçures sont fondues), les pièces sont sorties du four à chaud en utilisant des pinces et dans la traditions refroidies à l’air, mais à cette étape, procédés traditionnels et contemporains diffèrent.

Notre pratique occidentale du raku a développé la « réduction après cuisson »: le moment où l’on sort les pièces du four n’est plus la fin de la cuisson mais le début de possibilités infinies. Le raku d’aujourd’hui se caractérise donc par une cuisson rapide à basse température et un refroidissement très particuler: sorties du four incandescentes aux alentours de 1000°C, les pièces sont refroidies soit à l’eau, soit à l’air, soit enfumées, enfermées en atmosphère réductrice (privée d’oxygène) dans du combustible végétal. Le choc thermique fait tressailler la glaçure, l’enfumage noircit les craquelures et les parties non émaillées. Le raku est donc l’expression d’un « désaccord nécessaire » entre le tesson et l’émail. La légèreté du matériel nécessaire, le potentiel créatif immense et la convivialité d’une cuisson souvent pratiquée en groupe a fait son succès en l’éloignant de ses origines philosophiques.

Par extension, le raku ouvre les portes de toutes sortes d’expérimentations pour jouer avec la terre, et le feu. Le travail sur le cuisson, la réduction secondaire et les matières premières a ouvert la voie à de nombreuses variations: raku nu, oxydes saturés… jusqu’à déboucher sur de vraies variantes comme les cuissons d’enfumage en four à sciure ou en cazette, qui mêlent des éléments raku à des techniques primitives comme la cuisson en fosse.

« Le Raku est, avant toute considération technique, un état d’esprit. Il consiste à provoquer des » accidents » plus ou moins contrôlés, et chaque pièce entraîne un accord ou un refus de cet accident. En cela le Raku est exigeant car il nous confronte à nous même sans complaisance, il demande de la rigueur et de la fantaisie, du savoir faire et de l’improvisation, de la douceur et de la violence. Peut-être nous passionne-t-il autant parce qu’il sait se nourrir de toutes ces contradictions qui font la richesse des êtres».
Christine Fabre